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MORT SUBITE : IDENTIFICATION

Si les vertus physiques et morales de la pratique d’une activité sportive sont incontestables et nécessaires, for est de constater qu’elle peut aussi provoquer des accidents fatals sur les terrains de sports. La « mort subite du sportif » telle qu’on la surnomme de manière très brutale est restée très longtemps incompréhensible. Elle a fait depuis plusieurs années l’objet de plusieurs études qui permettent en 2009 de l’identifier plus clairement. Les résultats qui en sont issus permettent également de proposer des voies préventives devant être portées à la connaissance du public.

coeur rouge du sportif

Qui sont les victimes de la mort subite liée à la pratique sportive ?

En France on estime :

  • Qu’il y a 1100 morts subites / an
  • Qu’il y a 1500 infarctus non mortels par an
  • Que 25 % des décès concernent les 12-35 ans
  • Que 75 % des décès concernent les 35-75 ans
  • Que 9 victimes sur 10 sont des hommes

Les causes de la mort subite lors de la pratique sportive

Dans 90 % des cas, la mort subite est d’origine cardiovasculaire. La mort est due à une arythmie qui complique une pathologie cardiaque ignorée. Cette pathologie n’est pas provoquée par la pratique sportive, celle-ci la révèle. Dans les 10 autres % il s’agit d’embolie pulmonaire, d’accident vasculaire cérébral, d’hyperthermie, de crises d’épilepsie ou d‘asthme et dans quelques cas la cause n’est pas retrouvée. En fait, les cause varient avec l’âge de la victime

Chez le sujet jeune, de moins de 35 ans

La mort subite lors du sport est le plus souvent due à une maladie génétique. La plus fréquente est la cardiomyopathie hypertrophique qui est caractérisée par une hypertrophie des parois du cœur avec une désorganisation du muscle cardiaque. La maladie arythmogène du ventricule droit est caractérisée par une infiltration graisseuse du muscle cardiaque. La maladie de Marfan touche les vaisseaux. D’autres maladies génétiques comme les canalopathies sont plus rares. Il s’agit du syndrome de QT long qui préqentent 4 phénotypes principaux, le syndrome du QT court, le syndrome de Brugada et la tachycardie ventriculaire polymorphe catécholergique.

Des malformations congénitales comme le syndrome de Wolf Parkinson-White qui peut se compliquer d’arythmie ou l’anomalie de naissance ou de trajet des artères coronaires (qui irriguent le cœur) avec risque de compression des artères à l’effort et insuffisance de perfusion du cœur et arythmies peuvent aussi être en causes.

Enfin dans certains cas, aucune étiologie connue n’est retrouvée, ce qui confirme que les connaissances dans ce domaine doivent être améliorées. Ainsi des anomalies non spécifiques du segment ST sur l’électrocardiogramme peuvent aussi favoriser la survenue de morts subites sans que le mécanisme exact en soit encore connu.

coeur pile

Les mécanismes de mort subite du sportif vétéran

Au-delà de l’âge de 35 ans, on assiste à une spectaculaire augmentation des accidents cardiaques survenant à l’effort. Et les hommes qui représentaient 2/3 des victimes avant cet âge-là deviennent encore plus majoritaires avec 90 à 95 % des cas recensés.

Des études prospectives menées sur le territoire français objectivent un pic de fréquence dans la tranche 40-50 ans.

La cause très largement identifiée est l’infarctus du myocarde.

Avec l’âge, nos artères coronaires comme d’autres, s’encrassent avec des dépôts d’athérome, sorte de bouillie constituée de lipides et de calcaire.

L’effort physique important peut provoquer la rupture de l’une de ses plaques qui tapissent l’intérieur de nos artères. La rupture de la plaque peut provoquer la constitution très rapide d’un caillot qui va boucher l’artère et générer ensuite un trouble du rythme cardiaque à l’origine d’une mort immédiate la plupart du temps.

Les facteurs favorisants ces plaques d’athéromes sont bien identifiés :

  • Tabagisme
  • Hypercholestérolémie non traitée
  • Hypertension artérielle
  • Diabète non traité
  • Sédentarité
  • Surpoids
  • Stress
  • Antécédents familiaux
  • Et malheureusement vieillissement

Les facteurs favorisants la rupture de ces plaques pendant l’effort sont aussi connus

  • L’absence d’échauffement
  • L’intensité d’effort inadaptée par rapport au niveau d’entraînement
  • Les conditions climatiques hostiles ( froid intense, chaleurs caniculaires, pics de pollution )

Par ailleurs, d’après les cardiologues du sport, l’interrogatoire des proches de la victime retrouve dans près d’un cas sur deux des signes avant-coureurs dans les jours précédents à type d’oppression dans la poitrine à l’effort, de palpitations cardiaques à l’effort ou de malaises d’effort, malheureusement négligés par la victime

Parmi les études réalisées à ce jour sur le phénomène dit de « mort subite », l’association « 14 » a choisi pour illustrer cette identification

Parmi les nombreuses études menées sur le phénomène l’association « 14 » a retenu celle du Club des cardiologues du Sport réalisée récemment dans le sud-ouest de la France :

Accidents cardio-vasculaires lors de la pratique sportive : une étude prospective dans le sud-ouest de la France

Chevalier L ; Hajjar M ; Douard H ; Cherief A ; Dindard JM ; Sedze F ; Ricard R ; Vincent MP ; Corneloup L ; Gencel L ; Carre F. (Clinique du Sport Bordeaux-Mérignac, SIM CHU Bordeaux, CHU Bordeaux, SAMU CHG Bayonne, SAMU CHU Bordeaux, SAMU CHG Pau, SAMU CHG Mont-Marsan, Clinique Château Le Moine, CHU Rennes)

coeur dans les mains

La pratique sportive régulière a des effets bénéfiques indéniables sur la santé mais peut aussi provoquer des accidents cardiovasculaires. Les données disponibles concernent surtout la mort subite du sportif et sont essentiellement rétrospectives.
Objectif : Le but de ce travail était de recenser et de préciser les causes et les circonstances de survenue des accidents cardio-vasculaires à l’effort sur une population régionale en âge de faire du sport.
Méthodologie : Etude prospective multicentrique (SAMU de Gironde, des Landes et des Pyrénées Atlantiques) avec un centre collecteur. Tous les accidents cardio-vasculaires survenus entre mars 2005 et février 2006 pendant ou dans l’heure suivant l’activité sportive ont été colligés. Un suivi des patients a été réalisé. L’analyse statistique logiciel Epi-Info. Le seuil de significativité est fixé à p<0,05.
Résultats : Sur la période étudiée, 127 accidents cardio-vasculaires qui ont généré 79 hospitalisations ont été enregistrés. La population sportive concernée était surtout masculine (81,1%) avec un âge moyen de 45,5 +/- 14,6 ans. Course à pied, natation et cyclisme étaient les sports les plus concernés. Les motifs d’appel ont été une lipothymie/syncope (58 %), une précordialgie (38.4 %), une arythmie (3.6 %). Les diagnostics établis ont été infarctus du myocarde (47), tachyarythmies supra-ventriculaires (18), tachycardies ou fibrillations ventriculaires (11), angor (9), accidents de plongée (5), poussées hypertensives (3), embolie pulmonaire (1) et hémorragie méningée (1). Au total 40 décès (49 +/- 13.9 ans, hommes 95%) ont été constatés dont 37 avant hospitalisation. L’analyse en fonction des tranches d’âge montre une prévalence des accidents nettement prédominante entre 30 et 50 ans.
Conclusion : Ces données prospectives confirment la place majeure de la maladie coronaire dans les accidents cardiovasculaires survenant lors de la pratique sportive. Ces accidents, mortels dans 31.5 % des cas touchent le plus souvent des hommes jeunes. Ces résultats soulignent la nécessité d’améliorer l’efficacité de la prévention dans ce domaine.

Quelles sont les solutions préventives ?

Plusieurs approches sont à notre disposition pour limiter le risque d’accident cardio-vasculaire mortel en rapport avec la pratique d’un sport. Cette prévention repose sur un trépied parfaitement identifié qui repose sur :

  • Les bilans médicaux
  • Les règles d’or de la pratique sportive
  • Les manœuvres de réanimation

1/ Les bilans médicaux sont à même de dépister nombre d’anomalies cardio-vasculaire dangereuses.

Ce bilan est à considérer comme une fusée à plusieurs étages, l’escalade dans les examens à pratiquer étant dictée par les éventuels symptômes suspects qu’a pu éprouver le sportif, mais également par ses facteurs de risque que sont les antécédents familiaux, son âge, son taux de cholestérol, de glycémie, ses chiffres tensionnels, un éventuel tabagisme en cours ou stoppé depuis peu.

1er étage : La consultation médicale

Le premier étage, connu de tout sportif ayant obtenu un certificat de non contre-indication pour la pratique sportive, repose sur la consultation couplant interrogatoire méthodique et examen clinique minutieux. L’accent à l’interrogatoire sera mis sur les antécédents familiaux ou personnels suspects, sur le contrôle des classiques facteurs de risque et sur la sensibilisation vis-à-vis des conduites à risque (tabagisme, dopage, surpoids).

L’examen physique recherchera une arythmie cardiaque, un souffle cardiaque ou vasculaire, une hypertension artérielle, une asymétrie de pouls périphérique ou une absence de pouls lors de la palpation des vaisseaux aux membres supérieurs et inférieurs. Pour information, le test de Ruffier-Dickson (30 flexions avec prise des pulsations avant et après) n’a strictement aucun intérêt dans le dépistage d’une anomalie dangereuse pour la santé.

2ème étage : l’électrocardiogramme de repos (ECG)

Cet examen est particulièrement précieux dans le dépistage de nombreuses anomalies génétiques. Il a prouvé toute son efficacité chez les athlètes de moins de 35 ans, sa réalisation systématique faisant chuter en quelques années de 80% le nombre de morts subites dans une population sportive de 12-35 ans en Italie.

Les recommandations de la Société Européenne de Cardiologie plaident pour la réalisation de cet examen tous les 2 ans chez les licenciés, à compter de l’âge de 12 ans.

La Société Française de Cardiologie a récemment confirmé l’utilité de cet examen, et recommande aussi sa réalisation.

3ème étage : les examens cardiologiques plus spécialisés

examen cardiaque sportif

Ils incluent l’échocardiographie, l’épreuve d’effort et d’éventuels examens plus spécifiques comme le Holter ECG des 24h, l’analyse des échanges gazeux à l’effort (VO2), l’échocardiographie d’effort et autres.

Il est juste rappelé que la pratique d’une épreuve d’effort tous les 4 ans est hautement souhaitable chez tout sportif de plus de 40 ans et chez toute sportive de plus de 50 ans. Cet examen peut alors mettre en évidence nombre d’arythmies ou d’anomalies des artères coronaires (qui nourrissent le muscle cardiaque), parfois tout à fait silencieuses mais susceptibles de générer des complications gravissimes. Il est également important de savoir qu’une épreuve d’effort est indispensable avant de reprendre une activité sportive après une longue période de sédentarité, ainsi qu’en cas de survenue de symptômes à l’effort même si on suit un entraînement régulier.

2/ Les Règles d’Or de la bonne pratique sportive, édictées par le Club des Cardiologues du Sport, validées par l’Académie de Médecine, devraient être connues et respectées par tout sportif, quel que soit son âge et son niveau de performance.

massage cardiaque

3/ Les manœuvres de réanimation sont précieuses si l’accident survient. En cas d’arrêt cardio-circulatoire, toutes les secondes comptent. Le pronostic vital chute vertigineusement à chaque minute passée sans prise en charge adéquate.

Dans un premier temps, il faut donc intervenir immédiatement en assurant un débit cérébral suffisant qui peut être obtenu grâce à un massage cardiaque efficace. La ventilation (bouche à bouche) n’est pas indispensable au début.

Dans un deuxième temps, l’utilisation la plus précoce possible d’un défibrillateur semi-automatique ou automatique peut être déterminante. Son utilisation est très simple et à la portée de tous. Mais les résultats en termes de survie sans séquelles neurologiques sont bien meilleurs lorsque la personne qui l’actionne a été précédemment formée à son utilisation.

D’où la nécessité de multiplier les défibrillateurs à proximité des enceintes sportives et d’obtenir des clubs, associations et fédérations, une « permanence » de personnes formées régulièrement au massage cardiaque et à l’utilisation du défibrillateur.

Ne croyons cependant pas que tout peut être permis en terme de comportements à risques et d’absence de bilans médicaux sous prétexte que nous pratiquons une activité physique à portée d’un défibrillateur. Les études, menées dans le cadre de populations sportives constituant un arrêt cardio-circulatoire à l’effort, enregistrent des taux de survie allant de 0 à 50 % de survie dans le meilleur des cas.

création artistique: vhery - réalisation: MikaProd - © 2009 Numéro 14 - mentions légales
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